Saxoneon​

Nicolas Enrich, bandoneon

Eduardo Kohan, saxophone

Nicolás Enrich

Nicolás Enrich est l’un des bandonéonistes le plus talentueux de la nouvelle génération.  Né à Buenos Aires en 1990,  Il étudie la guitare pendant 7 ans avec le professeur Carlos Alberto Diaz Godoy et suit également des cours de théorie et solfège avec Beatriz Altare et d’harmonie avec David Horta. Il travaille le bandonéon avec Ruben Osés et Rodolfo Montillo. 
Il participe à de nombreux orchestres sous la direction du guitariste Julián Hermida et accompagne des importants chanteurs de tango tels qu’Alberto Podestá, Luis Fillipeli, Carlos Morel, Guillermo Fernández et Tito Reyes entre autres.
Il se produit régulièrement dans les maisons le plus emblématiques du tango à Buenos Aires, telles que La Esquina Homero Manzi, Cafè Tortoni, Cafè de los angelitos, El Viejo Almacén  et Michelangelo.
En 2007, avec l’orchestre « Alto Tango » dirigé par Rubén Jurado, joue dans le spectacle “Tango a tierra” au centre culturel Borges à Buenos Aires et fait des tournées en Russie, Ukraine, Brésil, Chili et Hong Kong.
En 2008, avec l’Orquesta de Cámara de la Universidad de Lanús dirigé par Daniel Bozzani, interprète la Suite « Punta del Este » d’Astor Piazzolla.
En 2009, en compagnie du saxophoniste argentin Eduardo kohan, enregistre le CD « Saxoneón » et donne de nombreux concerts à Genève, Suisse.
En janvier 2010 il fait partie du spectacle « Tango de burdel, salón y calle » présenté par la fondation Julio Bocca et la danseuse Elenonora Cassano. Tournées en Argentine, Finlande, Espagne, Italie, Turquie et Tunisie.
En août 2010 fait une tournée en Italie avec Roberto Herrera.
En septembre 2010, en compagnie du guitariste Hernán Reinaudo, joue à Shanghai, Chine, au pavillon argentin de l’Exposition Universelle.

Depuis ses lointaines et obscures origines, alors qu’il n’était qu’un ramassis de habanera, de milonga, de chotis et d’un peu de candombé, l’évolution musicale du tango a été constante.  Au début, dans des sordides bouges de faubourgs, c’étaient de modestes trios itinérants - flûte, violon guitare – qui jouaient d’oreille, soir après soir, les quatre ou cinq morceaux qu’ils avaient réussi à mémoriser. Avec l’arrivée du bandonéon, les premières lamentations sérieuses se firent entendre. Ensuite, lorsque le tango put s’établir dans des lieux fixes, ce fut le tour du piano. Malgré tout, pendant la première décennie du siècle passé, le tango était toujours piquant, gai et moqueur. Au début des années vingt, avec l’apparition de nouveaux et talentueux musiciens issus des conservatoires, la musique du Rio de la Plata fit un bond, en bonne partie grâce à Julio de Caro qui, en transformant le rythme primitif de 2/4 (deux temps) en 4/8 (quatre temps), marqua le point de départ d’une irrésistible évolution dans les années quarante. Plus récemment, au début des années soixante, le bandonéoniste Astor Piazzolla bouleversa le tango, apport dont sont redevables la majorité des musiciens d’aujourd’hui.

Dans ce contexte, sans tambours ni trompettes, arrive Saxoneón, un duo peu habituel de bandonéon et saxophone avec une énorme richesse mélodique et une non moins grande saveur de tango. Les sons et rythmes de cet album auraient séduit mon ami Astor, de qui j’ai eu la chance de recueillir maintes fois les confidences quant à ses goûts musicaux.

De la rencontre du saxophone d’Eduardo Kohan, excellent compositeur et arrangeur, avec le bandonéon précis du jeune Nicolas Enrich, est né ce subtil album que j’écoute avec plaisir. Les poèmes intercalés de Margarita Pollini, une voix personnelle et sûre qui se marie parfaitement aux intentions de ce disque, méritent une mention spéciale.
                                                                                        Horacio Salas   
                                                                                          Avril 2010

SAXONEON—libre tango—New Healing Sounds 011

 

Eduardo Kohan, saxophone ténor, lecture de poèmes, composition
Nicolás Enrich, bandonéon, composition, octobre 2009, Genève

Dans libre tango, la liberté n’est pas une fuite en avant, mais une plongée au fond du tango, une plongée qui ne cesse de dévoiler des surprises. Au travers d’une série d’interprétations qui proposent chaque fois des lumières nouvelles sur les thèmes abordés. Que ce soit «Vardarito» en ouverture, un thème de Piazzolla des années 1970 ou «Entre cielo y tierra» (Kohan) et l’arrangement de la «Danse de la fureur, pour les sept trompettes» d’Olivier Messiaen deux thèmes que Kohan a enregistrés dans d’autres contextes, les trouvailles n’arrêtent pas de fuser. C’est comme si la présence d’un jeune et hyper-virtuose bandonéoniste argentin, Nicolás Enrich, avait poussé Eduardo Kohan à se surpasser. C’est aussi la présence même du bandonéon qui crée une nouvelle alchimie à  deux. Quoi qu’il en soit, une partie de ces trouvailles réside dans le son du saxophone de Kohan : c’est comme un retour aux années 1920 du jazz par l’usage de l’effet slap, du staccato et le son qu’on pourrait qualifier de «creux casserole» (dont un condensé se trouve dans «Heliogábalo» de Kohan et Enrich, sans compter sa complexité rythmique). Mais, attention, ce n’est qu’une tentative de description car un Sonny Rollins est passé par là et le son, par moments, est celui d’un basson. Puis il y a «Escarnio» signé par Kohan et Enrich : une merveille d’entrelacs saxo-bandonéon, suivi de «Biyuya» de Piazzolla comme deux résumés des vertus énergétiques de ce duo hors du commun. Sans compter quelques tangos plus classiques : «Nostálgico» de Julián Plaza, entre avant-garde des années 1950-1960 et tradition ; «Los mareados» de Juan Carlos Cobián datant de 1923, mais avant-gardiste à l’époque ; «Don Agustín Bardi» de Horacio Salgán, l’une des œuvres classiques de cet éternel avant-gardiste qui sait cependant regarder en arrière ; enfin, «9 de Julio», un tango aux allures martiales de José Luis Padula, datant de 1908. Ces tangos sont offerts dans des versions tout aussi épatantes que les Piazzolla ou les œuvres de Kohan et de Enrich. N’oublions pas les trois plages sans autre musique que celle de la voix récitante de Kohan et des mots de la poétesse et musicienne argentine Margarita Pollini, tirés de son livre La casa del aliento, un recueil de poèmes inspiré des Variations Goldberg de Bach, un régal pour ceux qui comprennent l’espagnol. S’il fallait proposer une plage capable de représenter l’entier de ce disque, on pourrait s’arrêter sur «Gesbor» (verlan du nom du grand écrivain argentin Borges) de Kohan : c’est un voyage qui va du tango le plus actuel à ses formes les plus anciennes et se termine sur un retour au tango des années 1940 ! La dernière plage est une valse en mineur de Kohan à la saveur délicieusement surannée : «Vals para mí». Bref, il s’agit d’une savoureuse galette à déguster sans autre modération que les envies de qui l’écoute.

 

 

Norberto Gimelfarb (VIVA LA MUSICA, septembre 2010)

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