A VOIX DOUBLE

Textes et musique

 

Nelly Uzan, comédienne

Eduardo Kohan, musique

 

Voix et instruments se poursuivent, se chevauchent, se font des politesses,

se répondent et s'amusent à partager l'espace et le temps de la représentation

pour vous raconter des histoires.

 

Les musiques, compositions et improvisations, sont d'Eduardo Kohan.

 

A Voix Double, le duo que forment Kohan et Uzan, se propose de donner vie à des textes poétiques ou non qui demandent à cheminer pour parvenir dans les couches intimes de chaque être humain. Les mots proférés trouvent un écrin dans la musique qui les sous-tend ou les suit.

Ellis Island ou le Parcours des immigrants

adaptation par Nelly Uzan d'après Georges Perec et Gaëlle Josse

Nous avons à cœur d’évoquer avec cette création

 

- l'exode sans précédent dans l’histoire de l’humanité qui a eu lieu à la fin du 19ème et au début du 20ème siècles:

- le départ inexorable de milliers de personnes qui ont quitté leur terre natale pour échapper à l’oppression politique, raciale ou religieuse ou simplement à la faim et à la misère;

- les conditions qu’elles ont endurées;

- les dangers qui les ont guettées.

Et cela nous semble d’autant plus urgent que cette époque n’appartient pas au passé.

Ce texte nous parle de notre actualité la plus quotidienne : la misère, la pauvreté, et l’oppression sont à nos portes aujourd’hui comme hier.

 

 

La principale source du texte vient de Ellis Island de Georges Perec et nous l’avons intriqué avec quelques lignes tirées du Dernier gardien d’Ellis Island de Gaelle Josse.

Ellis Island est publié en 1980 et résulte d'un voyage avec Robert Bober, cinéaste et ami de Georges Perec, sur les traces des immigrants juifs et italiens qui sont passés par Ellis Island. Robert Bober a réalisé, sur le texte de Georges Perec, un film Récits d'Ellis Island, qui a obtenu le Prix du Festival de Florence 1980.

Le texte dit par Nelly Uzan est annoncé et accompagné par Eduardo Kohan avec son saxophone et son mélodica. Il utilise également le piano s’il y en a un dans la salle.

Texte et musiques se chevauchent et s’entremêlent et sont enrichis en parallèle par les images d’archives travaillées et projetées par Malachi Kohan qui soulignent ce qui est évoqué.

En ouverture, un choix de musique yiddish évoquera le monde quitté avant de monter dans les transatlantiques

 

La représentation durera une heure trente.

 

 

L’espace du dedans

Henri Michaux

 

Choix de textes extraits de cette anthologie établie par l'auteur publiée en 1944, puis en 1966 sous une forme revue et augmentée.

 

 

"Qui laisse une trace laisse une plaie», a consigné Michaux dans ces pages choisies par ses soins.

Peu doué pour l'élégie, il a toujours cassé net sous sa plume le sentiment. Pour écarter le ridicule et combler le manque, il a fouetté jusqu'au sang le langage afin d'exprimer autrement, dans les hoquets des faux fous rires, que ce monde est atroce. La plaie rutile et la trace, avec cette anthologie, emplit la paume."

Pierre Perrin (Lire), publié le 01/07/1998

 

 

Pourquoi Michaux ?

Parce qu'il nous dit le monde en le colorant de ses fantasmes et nous emmène sur des chemins où nous retrouvons notre enfance et notre aujourd'hui autour de nos peurs et de nos cauchemars tout autant que nos rêveries.

 

Il invente un monde où il est maître – et jouet – de son imagination. Il ne s'intéresse au monde extérieur que pour le conformer aux méandres de sa pensée.

Nelly Uzan aime et pratique la lecture en public. Elle travaille au théâtre et au cinéma. Elle a été l'instigatrice de la lecture intégrale de Belle du Seigneur, d'Albert Cohen, pendant toute une nuit au Musée Ariana à Genève et travaille à une réédition. (www.nellyuzan.com)

 

La Maman bohème: "Un rôle sur mesure pour Nelly Uzan qui trouve là un cadre idéal pour exprimer sa verve et sa passion" Journal de Morges

Promenons-nous dans les bois : "Spectacle d'une rare intensité tant les textes interprétés par Nelly Uzan trouvaient leur prolongement dans le jeu subtil de la claveciniste..." (Journal de Morges)

Eduardo Kohan, saxophone, piano, percussions. Il est né à Buenos Aires en 1949 et habite Genève depuis 1976 et joue régulièrement en concert en Europe et en Amérique latine.

Il compose pour le cinéma, la télévision, le théâtre, la danse contemporaine et enseigne le saxophone, l’harmonie, et l’improvisation.

(www. eduardokohan.com)

 

"Eduardo Kohan aime à la folie le saxophone et celui-ci en retour lui révèle un monde sonore inépuisable comme l’outre sacrée étanche les plus grands soifs" (Dimitri Moliavko, Le Courrier). "Kohan souffle et les images naissent" (Jean-Luc Dubin, Jazz Hot).

Actuellement, nous proposons:

 

- Ellis Island de Georges Perec

 

- L’espace du dedans d'Henri Michaux

 

- Lettres à la bien-aimée de Thierry Metz

 

- La Route du Sel de Roger Bodart

La Route du Sel

Roger Bodart

 

 

L'oeuvre

 

Naître vivre mourir sans comprendre pourquoi

parce qu'il faut quelqu'un pour donner le spectacle

parce que l'arc attend la flèche du carquois

parce que doit s'ouvrir la bouche de l'oracle

Roger Bodart

 

 

« La Route du Sel est l'un des livres les plus hallucinants qui se puissent lire dans la poésie de notre temps... Il contient cent soixante vers dont aucun ne peut être retranché sans dommage pour la signification du poème. » écrit René Lacôte dans la rubrique poésie des Lettres Françaises.

 

 

La fille de l'auteur, Anne Richter, présente La Route du Sel en ces termes :

« Il est un de ces livres incandescents ramenés de quelque lieu intérieur où brûle un feu central.

En termes haletants et abrupts, le poète y décrit une aventure étonnante, unique dans l'histoire de la poésie d'expression française.

Cette suite de textes mystérieux, le poète l'écrivit brusquement à l'âge de 54 ans après une longue période de silence.

La Route du Sel montre de façon exemplaire comment un artiste peut être conduit, métamorphosé par sa propre œuvre, combien c'est elle, parfois, qui le crée et non le contraire.

La Route du Sel est … à la fois maîtrise et chaos, lucidité intellectuelle et angoisse viscérale, abandon et rigueur.

Des mots tranchants et précis disent la chute du poète hors de lui-même, mais cette chute, au lieu de l'entraîner dans le vide du néant, l'invite à une prodigieuse descente aux mystères de ses propres origines. »

 

 

Dans la soute d'avant exister. Au plus noir.

Pas homme. Même pas enfant. Rien qu'une épreuve

 

 

Et Lacôte écrit encore : «La poésie de Bodart... est nourrie de toute la recherche philosophique contemporaine, et c'est cette volonté de tout connaître, de tout comprendre, de tout éclaircir qui, plus qu'un attachement à une tradition du vers, explique cette poésie discursive ; c'est ce perpétuel tourment qui demande ce chant d'équilibre et ce langage de sérénité par lequel le poète maîtrise sa trop vive sensibilité. (Les Lettres Françaises – 20 avril 1961)

 

 

 

Au travers des mots du poète – dits par Nelly Uzan - et de la musique – composée ou improvisée par Eduardo Kohan, un voyage initiatique sera proposé à chacun des spectateurs.

 

Avec des mots très simples et des phrases courtes, on marche, on court, on se perd et on se retrouve dans une quête du sens qui touche un homme à mi-temps de sa vie, qui touche chaque être humain sur son chemin de vie.

L'urgence est palpable, le dénuement, la lumière aussi.

 

Une très grande force se dégage de ce texte et la musique qui l'entourera permettra aux spectateurs de suivre les images, d'avoir le temps de les suivre avant que d'autres images ne s'imposent et ne les effacent. Et surtout la musique accompagnera chaque pas du poète dans ses découvertes et ses constatations.

 

C'est à un voyage en territoires inconnus qu'A Voix Double invite son public avec la Route du Sel.

 

Thierry Metz

Lettres à la bien-aimée

 

 

Thierry Metz a écrit ces Lettres à la Bien-aimée pendant un stage de maçonnerie.

 

La quatrième de couverture dit ceci :

J'ai écrit ces lettres à Périgueux, pendant un stage de maçonnerie qui a duré neuf mois. Des passages plus que des lettres : la journée à l'atelier, la soirée dans la chambre, à cinq ou plus, les couloirs, les portes, un cahier sur une table.

Un cahier que je donne à la Bien-aimée. Et à Vincent, notre fils, qui a été tué par une voiture le 20 mai 1988, dans ses huit ans.

                                           Thierry

 

 

Pourquoi Thierry Metz ?

Ce qui nous touche en premier, ce sont les mots de la matière qui donnent la perspective du combat intérieur. Chaque page d'une inégale longueur donne la mesure de la journée qui a été vécue avant que les mots ne soient couchés dans le cahier.

C'est un texte brut laissé sur la page par un « manuel », un homme dont le métier occupe juste les mains et qui n'a pas fait d'études universitaires, juste travailler de ses mains et vivre le chômage entre deux périodes actives.

                                       Nelly Uzan

 

Les instruments d'Eduardo Kohan viendront apporter cette consistance de la matière, cette évasion de la pensée et cette tension entre les deux qui font la marque de l'humanité.

 

 

 

Sur Thierry Metz :

 

Thierry Metz est né le 10 juin 1956 à Paris. Adolescent il découvrira la poésie en autodidacte en achetant des livres chez Emmaüs. Il s'installe à 21 ans avec sa femme dans une maison, près d'Agen, le long de la route nationale 113. Il alterne des périodes de travail en tant que manœuvre sur des chantiers de construction pour gagner sa vie, avec d'autres périodes qu'il consacre au chantier de l'écriture.

En 1978 il rend visite à Jean Cussat-Blanc, fondateur et animateur de la revue Résurrection, dont il avait entendu parler. Jean Cussat-Blanc mesure de suite la qualité exceptionnelle de cette écriture : « C'était pourtant une journée comme les autres. Un beau jour d'automne aquitain. Mais il se révéla unique, par la jeune, la plus inattendue — et qui est devenue la plus précieuse découverte d'une vieille vie. (…) Tu es venu, quelques poèmes dans la main. J'ai lu, immédiatement séduit. C'était des fleurs subites, qui perçaient des broussailles ; un caillou marqué d'incisives gemmes. L'empreinte évidente de l'artiste. » Il l'encouragera puis l'adressera à son ami Jean Grosjean et ce sera la publication du Journal d'un manœuvre.

Il a obtenu le prix Foissart, a été publié par Jacques Brémond, mais au moment même de cette reconnaissance grandissante, son deuxième fils, Vincent, meurt écrasé sous ses yeux. De ce jour Thierry Metz ne se départira jamais d'un sentiment de culpabilité. Sentiment qui le conduira à l'alcoolisme puis au suicide. Il met fin à ses jours à l'hôpital de Cadillac le 16 avril 1997 à l'âge de 40 ans. Avec lui disparait une voix unique et irremplaçable.

                                                                                        Pierre Kobel

                                                                                       (extrait d'un article paru dans le Monde le 25 mai 2011)

 

 

 

Et Gil Pressnitzer (www.espritsnomades.com)

 

« Ces lettres qui seront des squelettes de livres, griffonnées le soir après les journées de sueur, des journées d'atelier, l'espace inquiétant de la chambre anonyme avec l'horreur en papier-peint. Textes arrachés à la fatigue et aux corbeaux, les textes de Thierry Metz sont des cahiers d'urgence, des copeaux de panique.

Seul contre son âme un homme ne pèse pas lourd.

Son crayon crisse dans la chambrée à cinq, couvert par les ronflements des copains. S'allume ainsi jour après jour dans un petit cahier pour la bien-aimée, pour les hommes qui liront sans doute par-dessus l'épaule. Ses mains de maçon ont étreint la glaise du verbe, l'ont réduite à quelques durs cailloux. Tout dans l'urgence avec cette mine de crayon qui ne peut suivre, l'urgence de dire, de laisser des mots comme des graffitis aux murs d'une prison, sur les murs fuyants des villes.

Dire, ne pas faire de littérature, dire comme un manœuvre, comme un gars de la sueur, de celui qui a de la terre dans la voix, et du plâtre dans le cœur. Pour s'y coucher, s'y ensevelir. ».

 

Environnement nécessaire
 

  • piano (ou clavier)

  • amplification éventuelle

  • éclairage

  • minimum 2 m2

photos Edmundo Murray

Henri Michaux

Ellis Island

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